Alice Thourot
Députée de la Drôme

L'élevage intensif est une impasse écologique, économie, sanitaire et sociale

En hémicycle

Dans une tribune dans Le Monde, je m'engage aux côtés d'élus et d'associations contre l'élevage intensif et pour une transition de l’élevage français vers des modèles plus durables. Il est urgent et vital d'agir !

 

Avec les signataires de cette tribune, nous appelons notamment : 

  • A empêcher la création de nouveaux élevages intensifs ;
  • A déployer les systèmes polycultureélevage ;
  • A refuser la ratification en l’état des accords de libreéchange et en particulier le Mercosur ;
  • A adopter au niveau européen des « mesures miroirs » incluant l’environnement et le bienêtre animal ;
  • A contrôler plus strictement les transports longue distance d’animaux vivants ;
  • A poursuivre la décroissance de l’apport d’antibiotiques ;
  • A créer un étiquetage des modes de production des denrées d’origine animale.

« L’élevage intensif est une impasse environnementale, économique, sanitaire et sociale »

 

Tribune. Les politiques ont imposé après-guerre à nos éleveurs une transition vers un modèle hyperproductiviste. Ce modèle est largement remis en cause aujourd’hui en raison de son impact négatif sur le climat et l’environnement, ainsi que sur le bien-être des éleveurs et celui de leurs animaux.

Les lois de 1960 et 1962 ont en effet posé les jalons d’une agriculture mécanisée, concentrée, spécialisée et régionalisée donnant ainsi une réponse politique forte aux pénuries de l’époque et assurant l’autosuffisance alimentaire de notre pays. Par les lois d’orientation agricole, les politiques ont demandé à nos éleveurs une transition dans leurs méthodes pour produire plus, plus vite et moins cher. Les agriculteurs se sont adaptés à ces demandes, ont investi massivement et ont modifié leur manière de travailler.

Une course aux prix les plus bas

Cette transformation voulue par les politiques a fonctionné : sur plus d’un milliard d’animaux tués chaque année en France, 80 % sont confinés dans des élevages intensifs sans accès à l’extérieur.

Mais les éleveurs, qui ont accompagné les transitions que les politiques ont impulsées, sont aujourd’hui les premières victimes d’un mode de production vulnérable économiquement et socialement. En 2019, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) alerte sur les transformations du travail générées par cette intensification, rendant l’élevage moins rémunérateur et moins porteur de sens pour les éleveurs, dont les pratiques sont homogénéisées et les savoirs traditionnels abolis.

La focalisation sur le résultat, et non sur la méthode, a conduit à une course effrénée aux prix les plus bas. Cette compétition est malheureusement perdue d’avance au sein d’un marché international globalisé, aux pratiques tellement plus intensives et tellement moins coûteuses. L’élevage intensif est une impasse environnementale, économique, sanitaire et sociale.

C’est pour cela qu’il nous faut empêcher la création de nouveaux élevages intensifs impactant négativement l’environnement et le bien-être animal pour redéployer les systèmes polyculture-élevage, permettant de rapprocher les productions animales et végétales et de jouer la complémentarité, au bénéfice d’une agroécologie performante profitant à l’homme et à l’animal.

Moins de viande mais mieux

Notre modèle d’élevage traditionnel français a un rôle indéniable dans la préservation du paysage rural et dans le stockage du carbone grâce à ses prairies. Ces éléments sont en cours de validation avec l’expérimentation pour un affichage environnemental dans le cadre de la loi AGEC (loi antigaspillage pour une économie circulaire).

Nous devons refuser la ratification en l’état des accords de libre-échange et en particulier le Mercosur, qui aurait pour conséquence l’augmentation des importations de productions d’élevages hyper-intensifs et qui mettrait à mal les efforts de nos éleveurs en transition vers des productions plus durables. Nous devons à ce titre adopter au niveau européen des « mesures miroirs » incluant l’environnement et le bien-être animal.

Nous devons réglementer et contrôler plus strictement les transports longue distance d’animaux vivants, synonymes de souffrance animale et d’hérésie écologique.

L’aliment est notre premier « médicament » : nous devons manger moins de viande mais mieux produite, et aider financièrement nos compatriotes à avoir accès à cette alimentation meilleure pour leur santé et pour notre planète.

Etiquetage

Nous devons – même si la France est plutôt dans les meilleurs de la classe sur la diminution de l’antibiothérapie – poursuivre la décroissance de l’apport d’antibiotiques dont l’utilisation est souvent proportionnelle à la concentration des animaux dans l’élevage.

Nous devons créer un étiquetage des modes de production des denrées d’origine animale, permettant de mieux valoriser auprès des consommateurs le travail des éleveurs qui ont muté vers une production plus respectueuse de l’environnement et des animaux. Un étiquetage « Bien-être animal » débute en France et il faut le déployer. En 1965, était attribué le premier Label rouge de l’histoire au poulet jaune des Landes. Aujourd’hui, plus de 50 % des poulets entiers achetés en magasin sont des poulets Label rouge. Preuve en est qu’un consommateur bien informé est disposé à accompagner la montée en gamme de toute une filière de production.

Cette liste n’est qu’un premier aperçu de l’immensité du travail à réaliser pour réussir la transition vers un modèle d’élevage plus respectueux de notre environnement et des animaux, plus juste pour nos éleveurs et plus sûr pour les consommateurs.

Tous les leviers de la politique agricole commune, en cours de renégociation pour sept ans, dans le cadre du plan stratégique national français sont à mobiliser pour engager la transition de l’élevage français vers des modèles plus durables. Il s’agit d’une opportunité majeure qu’il est urgent et vital de saisir, pour la santé des animaux, de notre environnement et des hommes.

Liste des signataires : Pierre Cabaré, député (Haute-Garonne, LRM) ; Philippe Chalumeau, député (Indre-et-Loire, LRM) ; Annie Chapelier, députée (Gard, LRM) ; Léopoldine Charbonneaux, directrice France de Compassion in World Farming (CIWF) ; Jean-Charles Colas-Roy, député (Isère, LRM) ; Yolaine de Courson, députée (Côte-d’Or, LRM) ; Yves Daniel, député (Loire-Atlantique, LRM) ; Typhanie Degois, députée (Savoie, LRM) ; Marguerite Deprez-Audebert, députée (Pas-de-Calais, MoDem) ; Loïc Dombreval, député (Alpes-Maritimes, LRM, président du groupe d’études « Condition animale ») ; Pascal Durand, député européen (Renew Europe) ; Laurent Garcia, député (Meurthe-et-Moselle, MoDem) ; Yannick Haury, député (Loire-Atlantique, LRM) ; Dimitri Houbron, député (Nord, MoDem) ; Jean-Pierre Kieffer, président de l’Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs (OABA) ; Michel Lauzzana, député (Lot-et-Garonne, LRM) ; Sandrine Le Feur, députée (Finistère, LRM) ; Maud Lelièvre, présidente de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) France ; Jacques Marilossian, député (Hauts-de-Seine, LRM) ; Marjolaine Meynier-Millefert, députée (Isère, LRM) ; Jean-Michel Mis, député (Loire, LRM) ; Claire O’Petit, députée (Eure, LRM) ; Sophie Panonacle, députée (Gironde, LRM) ; Louis Schweitzer, président de la Fondation droit animal, éthique et sciences (LFDA) ; Alice Thourot, députée (Drôme, LRM) ; Elisabeth Toutut-Picard, députée (Haute-Garonne, LRM) ; Nicole Trisse, députée (Moselle, LRM) ; Frédérique Tuffnell, députée (Charente-Maritime, LRM) ; Yann Wehrling, président du Parti de la nature ; Hélène Zannier, députée (Moselle, LRM) ; Ghislain Zuccolo, directeur général de Welfarm (Association de la protection mondiale des animaux de ferme) ; Jean-Marc Zulesi, député (Bouches-du-Rhône, LRM).


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